Samedi 1 septembre 2007
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Caraïb American Graffiti ! Cuba, c’est le mariage impossible de deux ennemis irréductibles, le paradis vivant des voitures américaines des années 50, sur un air
de Buena Vista Social Club. A déguster un verre de mojito à la main…
Cuba si, yankee no ! Depuis bientôt cinquante ans, le slogan provocateur de ce petit bout d’île nargue le géant capitaliste, à une portée de flèche des côtes de Floride. Qui a tort, qui a raison
? Le fait est que le blocus américain (qui perdure encore aujourd’hui) a précipité la révolution cubaine dans les bras de l’Ours soviétique. Le fait est que le communisme à la sauce caraïbe,
comme partout ailleurs, s’il a rendu aux Cubains leur dignité, n’a pas su générer la prospérité. Fiers mais pauvres…
Cuba, c’est un paradoxe… Alors même que le régime vante en permanence ses réussites (incontestables en matière d’éducation ou de santé), plus discutables dans maints autres domaines, ce sont des
témoins de l’ « ancien régime » qui font l’un des charmes principaux de l’île : les voitures américaines d’avant 1959, d’avant la chute du dictateur Batista et la révolution des barbudos. C’est
comme si le temps s’était arrêté. Comme si l’ennemie intime, l’Amérique, avait chargé Cuba la rebelle du rôle de conservateur de son histoire automobile. En général, la logique veut que le
progrès passe, et qu’à la casse aillent les autos obsolètes. Mais à Cuba, rien n’est vraiment logique. Castro, qui détestait La Havane, a consciencieusement laissé se délabrer la vieille ville,
témoin de l’occupation espagnole et de la colonisation américaine, et son cortège de bordels et de casinos gérés par le Syndicat du Crime.
Un véritable musée roulant
Mais jamais il n’a pu faire disparaître ces increvables témoins d’un certain âge d’or de l’automobile américaine. Et ce ne sont pas les rustres Lada ou Moskvitch de l’ère soviétique, ni les
insipides coréennes ou japonaises de l’ère moderne qui y ont changé quoi que ce soit.
Cuba, c’est un véritable musée, mais un musée roulant. Souvent bringuebalant, parfois impeccablement restauré. Ces américaines, mais aussi quelques anglaises ou françaises à la présence incongrue
(Peugeot 404, Simca Aronde, Renault Dauphine), les Cubains les ont d’abord gardées par pure nécessité. Mais aussi par amour, et par fierté. Elles sont intimement liées à leur histoire, au même
titre que José Marti, le grand héro national, ou même Fidel, à qui ils portent une tendresse moqueuse, lucide et distanciée. Là-bas, il n’est pas rare de croiser d’ahanantes Chevrolet, percluses
de rhumatismes, remontées sur un châssis de camion et animées d’un moteur de tracteur, ou des Ford Fairlane greffées d’un cœur de Lada. Mais aussi des Buick, Cadillac, De Soto, Oldsmobile,
Plymouth, et autres Studebaker plus rutilantes encore qu’au temps de leur jeunesse. Le paradis des autos existe, on l’a rencontré. Alors… Cuba si !
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